Salanganes, ça l’est en l’air !

<p>
	Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus) en vol au-dessus de la mare de l&#39;Argamasse</p>
Faire une photo, c’est simple : presser le bouton. Mais avant de déclencher, le photographe animalier doit parfois faire de longs repérages, attendre la bonne saison, la bonne lumière d’où la première qualité requise : la patience ! Surtout avec ces petits oiseaux rapides !

Chronique ordinaire du photographe animalier

Et de la patience il en faut pour rester assis sur un rocher tout sauf confortable pendant deux heures !

<p>
	Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus) en vol au-dessus d&#39;un bassin de la Rivi&egrave;re des Marsouins</p>

Autour, la forêt des Hauts bruisse de quelques discrets cris d’oiseaux. En ce début d’hiver, les passereaux indigènes ne sont pas en période de reproduction et n’ont donc pas de comportement territorial avec des chants caractéristiques. Certains ont même temporairement quitté la forêt : oiseaux verts et merles en particulier semblent beaucoup moins nombreux et on peut les trouver à des altitudes plus basses en cette saison. Tout aussi silencieux, un papangue mâle remonte la ravine en vol plané à faible hauteur sans s’inquiéter de ma (discrète) présence.

Depuis un moment déjà, le soleil a dépassé le zénith et maintenant son reflet sur le bassin m’éblouit. De plus, bien que ce soit l’hiver, le soleil d’altitude chauffe fortement et malgré mon camouflage je cuis en plein soleil, sauf mes pieds qui bizarrement restent frais.

Soudain les oiseaux sortent du second bassin, au fond à gauche, font un virage à 90° pour foncer dans ma direction, effleurent la surface de l’eau et reprennent vivement de la hauteur en me gratifiant de quelques gouttes d’eau.

<p>
	Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus) volant au-dessus d&#39;un bassin de la Rivi&egrave;re des Marsouins</p>

Je reste concentré, l’oeil au déclencheur et le doigt sur le viseur. Choisir un oiseau. Essayer de le suivre. Lancer l’autofocus. Déclencher !? Raté, j’ai encore perdu l’oiseau. Vite, choisir un autre oiseau. Les occasions ne manquent pas heureusement et compensent la réussite plutôt faible… 🙁

De nouveau plus d’oiseau. Quelques instants de repos. Torpeur pour le corps, évasion pour l’esprit. Ce document à rédiger, ces messages à lire. Cela me semble loin, loin de la beauté de cette ravine, de ce bassin en pleine forêt que je rejoins avec bonheur à chaque fois que mon cerveau me suggère « pause » et que mon sac exige « pose » ! 😉

Régulièrement, à des saisons et donc des éclairages différents, je reviens sur ce bassin et essaie de capturer quelques images de ces oiseaux au vol rapide et aux trajectoires si difficiles à suivre.

<p>
	Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus) en vol au-dessus d&#39;un bassin de la Rivi&egrave;re des Marsouins</p>

La salangane, oiseau endémique

Puis les salanganes ressortent par magie et par vagues de quelque abri caché et inaccessible. Le ballet reprend. Toujours le même ravissement à les regarder raser l’eau pour capturer un insecte aquatique en plein vol. En plein vol ? Oui car les salanganes font partie de la famille des Apodidés, apode signifiant sans pied. Pourtant elles ont bien deux courtes pattes mais les salanganes se posent peu, peut-être uniquement pour se reproduire au nid ? Peut-être dorment-elles en vol comme leurs étonnants cousins, les martinets ? On sait finalement peu de la vie de cet oiseau…

<p>
	Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus) en vol au-dessus d&#39;un bassin de la Rivi&egrave;re des Marsouins</p>

Appelée couramment hirondelle à la Réunion, ou salangane (des Mascareignes), Aerodramus francicus est un oiseau endémique des iles Mascareignes. D’autres espaces de salanganes existent dans les océans Indien et Pacifique.

A la Réunion les salanganes sont communes. On peut en voir plusieurs dizaines voire centaines en vol là où elles ont des chances de capturer des insectes en particulier au dessus des points d’eau stagnantes et en haut de remparts quand la chaleur du soleil incite les insectes à voler.

Si les salanganes ne se posent pas, c’est donc en vol qu’il faut chercher à les photographier, ce qui est plutôt compliqué ! Grâce à l’appareil gentiment prêté par l’ami Jean-Noël, aujourd’hui je suis plein d’espoir. Surtout que j’ai repéré une salangane qui a un vol légèrement plus coulé que les autres. Je me concentre et essaie de suivre sa trajectoire.

<p>
	Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus) volant au-dessus d&#39;un bassin de la Rivi&egrave;re des Marsouins</p>

Au-dessus des eaux sombres du bassin, le contrejour illumine les milliers de gouttelettes soulevées par chaque oiseau après qu’il ait touché l’eau. Je ne prend pas le temps de regarder les photos sur l’appareil et je ne sais pas encore que l’une d’elle m’arrachera un cri de joie quand je la regarderai sur l’ordinateur. Oui, le bonheur du photographe animalier, c’est souvent simple comme une image ! 😀

<p>
	Salangane des Mascareignes (Aerodramus francicus) en vol au-dessus d&#39;un bassin de la Rivi&egrave;re des Marsouins</p>

Le ballet s’arrête à nouveau. Cette fois la pause s’éternise. Le repas des salanganes serait-il terminé ? Alors je décide de ranger le matériel, me relève difficilement et m’aperçois que mes pieds ont lentement mais surement glissé dans l’eau du bassin ! Rafraichissante journée ! 😉

Note : à la Réunion, hirondelle est un nom donné également à un autre oiseau, un peu plus rare, Phedina borbonica, qui fera l’objet d’un prochain article.

Sources :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *